Dépasser le fatalisme
Dernière mise à jour : 4 oct.

Intervention de Frédéric Lebaron (sociologue) à l’assemblée fondatrice de la Coalition des résistances artistiques, culturelles et scientifiques | Montreuil, 30 mai 2026
Ces deux petits mots d’introduction me donnent l’occasion de revenir sur l’origine et les spécificités de notre tribune et du mouvement qui est en issu, la Coalition des Résistances Artistiques Culturelles et Scientifiques, comme nous avons fini par la désigner après pas mal de discussions.
Artistiques, culturelles et scientifiques: ce triptyque nous a semblé le plus inclusif et le moins intimidant pour réunir des forces diverses, qui se trouvent pour de nombreuses raisons au cœur de la bataille ou la guerre culturelle en cours. Elles ne sont bien sûr pas les seules, mais elles occupent une place stratégique dans cette bataille.
Un constat de fatalisme
L’origine de cet appel est dans un constat de fatalisme - le Rassemblement National est déjà donné par beaucoup vainqueur de l’élection présidentielle voire majoritaire à l’Assemblée Nationale, le monde de Bolloré est vu comme une mécanique implacable de plus en plus incontournable et omniprésente -, d’éparpillement des forces et luttes de résistance, en particulier dans les monde de la recherche, l’enseignement, la culture. Où elles devraient être unis et organisés, de faiblesse endémique de nos actions et de nos discours face à la montée en puissance d’un « parti attrape-tout », le Rassemblement National, et d’une idéologie d’extrême-droite de moins en moins euphémisée qui se diffuse dans les médias et le champ politique. Faiblesse particulière et particulièrement inquiétante dans les classes populaires et même dans de larges pans des classes moyennes. Autant de processus qui appellent à un sursaut rapide et durable.
Ce constat a été fait alors que nous célébrions les trente ans du mouvement social de novembre et décembre 1995 et des espoirs unitaires, les dynamiques nouvelles (Attac en avait été l’une des plus évidentes) qu’il avait suscitées. Comme beaucoup de choses ont changé depuis cette époque (où certains des présents n’étaient pas nés), l’idée n’était pas d’essayer de répliquer ou rééditer quoi ce soit avec nostalgie, mais au moins de lancer une initiative centrée sur les milieux intellectuels, mais articulée à d’autres initiatives convergentes. Une initiative tournée vers l’action autant qu’une réflexion engagée.
Une structure ouverte, inclusive et durable
Ne pas créer un événement ponctuel, mais une structure ouverte, inclusive et durable, inscrite dans le temps moyen voire long. Ne pas se contenter d’aligner des noms à fort capital symbolique et d’écouter des experts, mais échanger, débattre ensemble, commencer à se mettre en ordre de marche pour imaginer les formes que devra prendre notre résistance d’ici mai 2027 et après, quoi qu’il arrive. Ne pas se limiter à un noyau d’échanges en région parisienne mais se donner pour but de réfléchir et d’agir même dans les endroits les plus éloignés géographiquement de notre « zone de confort » intellectuel et politique, quartiers populaires ou zones rurales anciennement ou encore industrielles… En faisant un effort particulier en matière de langage et de communication qui sont au cœur de cette guerre culturelle.
Nous espérons que cette journée sera un des premiers moments forts de ce sursaut rapide et durable que j’évoquais à l’instant, en lançant de nombreuses pistes et ouvrant de réelles perspectives
Frédéric LEBARON




